2. Devenir témoin (Jean 1.35-51)

Si le pommier ne donne pas de pommes, qui le fera ? Si nous ne devenons pas les témoins de la grâce reçue, qui le sera ? Devenir témoin, un défi pour tous. Mais comment faire ?

Observation du texte

Ce texte comporte deux récits parallèles :

Vs 35-42 : André, alors disciple de Jean Baptiste, rencontre Jésus, puis il va trouver son frère Simon, lui dit : « Nous avons trouvé le Messie », et le conduit vers Jésus. Simon rencontre Jésus et reçoit une parole de sa part.

Vs 43-50 : Philippe rencontre Jésus, il va trouver son frère Nathanaël (beaucoup pensent que ce pourrait être Barthélemy, un des Douze) et lui dit : « Nous avons trouvé celui que Moïse a décrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé : Jésus de Nazareth, le fils de Joseph » ; il le conduit vers Jésus. Nathanaël le rencontre et reçoit une parole de sa part.

Dans les deux cas, une personne rencontre Jésus, va en parler à un proche qui, à son tour, rencontre Jésus. Le schéma est tout simple, et il se perpétue depuis deux mille ans ! C’est ainsi que la foi chrétienne se transmet depuis des siècles. Des personnes rencontrent Jésus, en parlent à d’autres, et ainsi de suite. C’est la grande nuée des témoins évoquée en Hébreux 12.1.

Voici donc un récit tout simple, qui nous interpelle sur notre témoignage… Ce récit mérite cependant quelques remarques supplémentaires.

Recevoir la Parole qui sauve

On peut remarquer que les quatre personnes nommées (André, Pierre, Philippe, Nathanaël) ont rencontré Jésus personnellement et ont reçu de lui une parole particulière :

André et son compagnon (on ne sait pas son nom ; beaucoup pensent que ce pourrait être Jean lui-même) se font interpeler : « Que cherchez-vous ? ». Et suite à leur demande, Jésus leur dit : « Venez et voyez ».

Pierre entend Jésus lui dire : « Tu es Simon, fils de Jonas, tu seras appelé Cephas » (ce qui signifie Pierre).

Philippe entends Jésus qui lui adresse une simple parole : « Suis-moi ».

Nathanaël entend plusieurs paroles : « Voici vraiment un Israélite en qui il n’y a pas de ruse » et encore : « Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu » et aussi : « Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu crois. Tu verras de plus grandes choses que celle-ci ».

Chacun reçoit une ou plusieurs paroles, en fait la parole dont il avait besoin personnellement. Pour Philippe, un simple « Suis-moi » suffit. Pour Nathanaël il faut tout un dialogue. Mais ce qui est important c’est que chacun a reçu une parole du Seigneur. Sans cette parole et la rencontre qu’elle suppose, pas de salut possible. Le Seigneur seul est capable de prononcer la parole qui sauve.

Je suis convaincu que, lorsque nous avons cru, nous avons tous reçu une parole du Seigneur, soit par la bouche d’un prédicateur ou d’un témoin, soit au travers d’une lecture biblique, soit comme une conviction intérieure, soit même dans un songe ! Le Seigneur n’est pas à court de moyens ! Mais le moyen importe peu, ce qui compte c’est la parole reçue qui seule peut susciter la foi. « La foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole du Christ » dit Rom 10 .17.

C’est pour cela aussi que lorsque nous témoignons, nous ne mettons pas l’accent sur nous, nous indiquons Jésus. Notre but n’est pas de nous mettre en avant, mais de conduire nos proches vers Jésus. Comme l’ont fait André et Philippe. Lui seul peut donner la parole qui sauve !

Sauvé avant de servir

Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion de comparer ce récit avec l’appel des disciples dans les évangiles synoptiques. Lisons par exemple dans l’évangile selon Marc (1.14-20).

Les récits sont très différents. Et certains en ont tiré la conclusion que Jean, dans son évangile, avait inventé son histoire ! Une telle conclusion est inutile ! Depuis très longtemps, des spécialistes ont affirmé que les deux récits ne racontent pas les mêmes événements. Jean parle de la toute première rencontre des disciples avec Jésus, la rencontre par laquelle ils reçoivent le salut. Marc (comme Matthieu et Luc) parle d’une rencontre ultérieure, celle de leur appel au service, lorsque Jésus leur confie une mission particulière, celle d’être pêcheurs d’hommes. Ceci permet d’ailleurs d’expliquer pourquoi André, Pierre, Jean et Jacques quittent leur bateau aussi facilement ! Celui qui les appelle n’est pas un inconnu. Ils le connaissent déjà ; ils ont déjà placé leur foi en lui.

Il est intéressant que Jean choisisse de raconter la toute première rencontre avec Jésus, plutôt que l’appel à la mission. Cette première rencontre est essentielle. Aucun ministère ne saurait être envisagé sans elle. Etre apôtre, ou pasteur, ou animateur de louange, ou que sais-je encore, ce n’est pas cela qui peut nous sauver. Je peux consacrer tout mon temps au service du Seigneur, si je n’ai pas reçu et cru cette parole qui me sauve, ça ne sert à rien. Avant de servir le Seigneur, il faut avoir goûté son salut. Seule la parole du Christ reçue dans la foi peut nous sauver ; pas le service, pas les œuvres.

Chercher à qui témoigner

Encore une remarque sur ce texte. André rencontre Jésus et va trouver Pierre pour lui annoncer la nouvelle : « Nous avons trouvé le Messie ». Philippe rencontre Jésus et va trouver Nathanaël pour lui annoncer la bonne nouvelle : « Nous avons trouvé… ».Le texte précise qu’André trouve Pierre. Et ensuite que Philippe trouve Nathanaël. Le texte dit aussi que Jésus a trouvé Philippe.

Ce verbe « trouver » est important. Il correspond bien au texte grec, même si toutes les traductions ne l’utilisent pas. Ce verbe décrit la démarche : André et Philippe ont cherché et trouvé quelqu’un avec qui partager la bonne nouvelle. Ils ne sont pas restés passifs, attendant une bonne occasion. Ils se sont mis en quête d’une personne avec qui partager leur découverte. Ils suivent la démarche de Jésus lui-même qui s’est mis en quête de personnes avec qui partager la bonne nouvelle du salut.

C’est une démarche proactive. Elle nous invite à nous regarder nous-mêmes. Sommes-nous dans la même démarche. Cherchons-nous, comme André et Philippe, comme Jésus, des personnes à qui partager la bonne nouvelle ? Ou bien sommes-nous simplement dans l’attente qu’une occasion favorable se présente ?

Le témoignage de l’Eglise

Une chose encore m’interpelle dans le témoignage d’André et Philippe. Ils disent : « Nous avons trouvé… ». Ils ne disent pas : « J’ai trouvé » mais : « Nous avons trouvé… ». Pourquoi ce « Nous », alors que le « Je » eu été plus naturel ? En effet, n’étaient-ils pas seuls au moment de témoigner ?

En utilisant le pluriel, c’est un peu comme s’ils voulaient adosser leur témoignage sur celui des autres. Un peu comme s’ils disaient : « J’ai trouvé, mais je ne suis pas seul ; d’autres ont aussi trouvé ».

Si vous êtes seuls à prôner une vérité envers et contre tous, on mettra en doute sa validité. Mais si plusieurs y adhèrent, si plusieurs sont convaincus, alors le sceptique sera enclin à y regarder de plus près. Et si vous êtes des centaines de milliers, et même des centaines de millions, alors « votre » vérité prend de plus en plus de poids !

Aujourd’hui, beaucoup voudraient faire croire que la foi chrétienne est quelque chose de dépassé. En France, on invite même les chrétiens à faire preuve de discrétion, comme si la foi était quelque chose d’un peu honteux. Nous pouvons rappeler que des centaines de millions d’autres personnes, en France et à travers le monde, ont trouvé en Jésus la parole de salut digne de foi : des hommes et des femmes, des noirs et des blancs, des forts et des faibles, des gens peu instruits et des savants réputés… Beaucoup sont même morts pour cette découverte ! Cela ne peut que donner de la force à notre témoignage. Nous ne sommes pas seuls avec notre foi ! Nous transmettons la foi de l’Eglise. Et l’Eglise est un peuple immense !

Un témoignage personnel

Mais nous transmettons aussi un témoignage personnel. André a dit : « Nous avons trouvé le Messie ». Philippe a dit : « Nous avons trouvé celui que Moïse a décrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé ». Ils parlent du même Jésus, mais ils n’utilisent pas les mêmes mots. Chaque témoin est appelé à dire l’unique sauveur dans les termes qui correspondent à son expérience, qui résonnent à son cœur et qui doivent faire mouche sur son auditeur.

Et nous, comment allons-nous rendre témoignage ? Quels termes allons-nous utiliser ? Nous avons trouvé celui qui pardonne les péchés ? Celui qui nous guérit ? Celui qui donne un sens à la vie ? Celui qui aime sans condition ? Celui qui donne la paix intérieure ? Celui qui me rend la joie de vivre ? Quelle expression utiliseriez-vous ? Quelle expression pourriez-vous partager avec vos proches ?

Frères et sœurs ce texte nous interroge sur plusieurs sujets :

Notre conversion : ai-je vécu une simple émotion passagère ou bien ai-je reçu, par la foi, la parole du Christ qui sauve ?

Notre zèle : suis-je simplement dans l’attente qu’une occasion se présente, ou bien suis-je dans une démarche proactive, cherchant la personne à qui témoigner de ma foi ?

Le contenu de notre témoignage : lorsque je témoigne, est-ce que je parle de moi ou bien est-ce que je parle de Jésus ? Est-ce bien vers le Christ de l’Eglise que je veux conduire mon ami ?

Et enfin, quelle formule pourrai-je utiliser dans mon témoignage, pertinente à mes yeux et pour mon ami ?

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