3. Le faire-part divin (Jean 2.1-11)

On aime tous recevoir un faire-part de mariage. C’est la perspective de passer un bon moment avec des proches, la perspective d’un bon repas… Et si les noces de Cana étaient comme une sorte de faire-part pour un autre mariage encore plus glorieux ?

Quelques remarques sur le récit :

– Le marié était sans doute un ami de la famille de Jésus ;

– Marie est invitée ; peut-être a-t-elle été impliquée dans la préparation, ce qui explique son souci quand le vin vient à manquer.

– Jésus aussi est là avec ses disciples.

– Jésus y accomplit un miracle. Jean 2.11 : « C’est le commencement des signes que Jésus accomplit » (l’évangile de Jean présente sept signes).

– Un « signe » : ça implique que ce miracle « signifie » quelque chose de précis. Qu’est-ce que Jésus veut signifier avec ce miracle ?

– Selon Jean 20.30-31, les signes sont écrits pour (1) qu’on croit que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu et (2) qu’en croyant on ait la vie en son nom.

Qu’est-ce que ce signe particulier nous apprend sur Jésus ?

Beaucoup de commentateurs disent qu’en accomplissant ce miracle, Jésus manifeste qu’il est l’époux messianique, l’époux divin, mais qu’il ne l’est pas encore dans toute sa splendeur. Qu’est-ce que cela veut dire ?

– Tout d’abord, l’idée que Dieu ou son Messie soit désigné comme un époux n’était pas incongru à l’époque. Depuis le prophète Osée, on savait que Dieu se désignait lui-même comme l’époux de son peuple. Le remariage d’Osée avec Gomer voulait annoncer un renouvellement total de la relation de Dieu avec son peuple. Jean Baptiste d’ailleurs désignera un peu plus loin Jésus comme le marié (Jn 3.29). L’apôtre Paul dira qu’il a fiancé les Corinthiens à l’époux, c’est-à-dire au Christ (2 Cor 11.2). Et le livre de l’Apocalypse ne parle-t-il pas des noces de l’Agneau ? Donc l’idée que le Messie soit désigné comme l’époux n’était pas incongrue.

– D’autre part, selon les coutumes de l’époque, il revenait au marié de fournir tout ce qui est nécessaire au bon déroulement de la fête du mariage. C’était une de ses responsabilités. Si quelque chose venait à manquer, c’était une situation très gênante, et même honteuse pour lui. D’où le sérieux autour du manque de vin et la préoccupation de Marie. En pourvoyant en vin, Jésus, d’une certaine façon, se présente comme l’époux qui pourvoit à tout le nécessaire pour la noce.

– Mais à quelle noce pensait-il ? Apparemment pas à la même que Marie. Marie en effet lui demande d’intervenir pour ce mariage précis. Mais la parole de Jésus montre qu’ils ne sont pas sur la même longueur d’onde : « Femme, qu’y a-t-il de commun entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue ». Marie veut du vin pour ce mariage précis. Mais Jésus semble penser à autre chose. L’heure dont il parle, c’est l’heure de sa glorification, celle de sa mort, de sa résurrection et de son retour dans la gloire du Père. Et cette heure de glorification n’est pas encore venue. Ce n’est pas encore le moment d’entrer dans sa gloire. Ce n’est pas encore le moment des noces de l’Agneau. Cela viendra, mais plus tard.

C’est pourquoi les commentateurs disent qu’en accomplissant ce miracle, Jésus manifeste qu’il est l’époux messianique, l’époux divin (il pourvoit aux besoins du mariage), mais qu’il ne se manifeste pas encore dans toute sa splendeur (parce que l’heure n’est pas encore venue).

D’une certaine façon, en accomplissant ce miracle, Jésus anticipe sur la suite. Il montre que c’est bien lui l’époux, mais que les noces ne sont pas encore pour maintenant !

Qu’est-ce que cela signifie concrètement de dire que Jésus est l’époux divin ? Je voudrais souligner trois choses :

Le marié… et la mariée

S’il y a un marié, il y a aussi une mariée ! Qui est-elle ? Si le Christ est l’époux, qui est la mariée ?
L’apôtre Paul répond très concrètement à cette question. 2 Corinthiens 11.2 : « Car je brûle pour vous d’un amour qui vient de Dieu lui-même. Je vous ai en effet fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une jeune fille pure ». La mariée, c’est l’Eglise.

Notez que Paul dit : « Je vous ai fiancés ». Lui aussi pensait que le mariage n’avait pas encore été célébré.
Dire que Jésus est l’époux et l’Eglise la future mariée, c’est dire que la relation qui les unit, c’est l’amour. Ce n’est pas la contrainte, ce n’est pas l’obéissance à la loi, c’est l’amour. Le Christ aime l’Eglise. Avant d’offrir sa vie en sacrifice, Jean 13.1 dit qu’il va manifester son amour jusqu’au bout. Et dans Jean 15.13, Jésus dit qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.

Dire que Jésus est l’époux, c’est parler de l’amour du Christ qui va jusqu’au bout… C’est parler de son sacrifice. Ephésiens 5.25 dit la même chose : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise : il a donné sa vie pour elle… ».

En se présentant comme l’époux, Jésus annonce donc sa mort.

Jésus pourvoit à tout

Deuxième chose. On a dit que dans les coutumes de l’époque l’époux devait pourvoir à tout pour que la fête soit belle.

Et bien en se présentant comme l’époux, Jésus annonce qu’il va pourvoir à tout le nécessaire pour la noce. De quoi s’agit-il ?

Le problème avec la future épouse du Christ, c’est qu’on n’est pas dans l’image romantique d’une jeune fille qui attend son prince charmant en se préservant pour lui. La future épouse du Christ, c’est nous, avec notre péché, avec toutes nos souillures, tout le mal dont on est porteur. Dans l’imagerie biblique, la future épouse du Christ est plus proche d’une adultère multirécidiviste tragiquement marquée par son histoire. Celle qui deviendra l’épouse du Christ ne fait pas envie !

Mais le Christ va pourvoir à tout. Notre texte contient un indice. L’eau qui est changée en vin se trouve dans des jarres de purification. C’est cette eau de purification que le Christ va changer en vin. Ce changement signifie deux choses :

o Les rites anciens de purification ne suffisent pas

o Le Christ va verser son sang pour que la purification puisse se faire. Dans les paroles de la Cène, Jésus dit que le vin, c’est son sang pour le pardon des péchés. Le vin d’excellente qualité est bien plus efficace que l’eau. Il transformera l’adultère multirécidiviste en une « jeune fille pure » (2 Cor 11.2). Selon Ephésiens 5.26-27, le Christ a voulu rendre sa future épouse « digne de se tenir devant Dieu, après l’avoir purifiée par sa parole comme par le bain nuptial. Il a ainsi voulu se présenter à lui-même cette Eglise rayonnante de beauté, sans tâche, ni ride, ni aucun défaut ».

Ce texte nous dit que Jésus va tout accomplir pour que la mariée soit prête. Cela nous dit la grandeur de son œuvre. Notre péché est effacé par son sacrifice. Quel que soit notre passé, le poids de notre péché, nous avons été lavés, nous avons été purifiés du péché, nous avons été déclarés justes en Jésus-Christ et par l’Esprit de Dieu (1 Cor 6.11). Le Christ a tout accompli. Il a pourvu à tout.

Le but, c’est la noce

Enfin, en se présentant comme l’époux messianique, Jésus adresse aux humains un… faire-part de mariage ! Il annonce ses noces. Son heure n’est pas encore venue, mais elle va venir. Cela ne fait aucun doute. Cette heure où il va donner sa vie en sacrifice, mais aussi ressusciter et retourner auprès du Père dans la gloire. C’est cette heure-là que Jésus annonce lorsqu’il dit que son heure n’est pas encore venue. Et c’est pourquoi le texte dit qu’à l’occasion de ce miracle, il révéla sa gloire (2.11).

Dans les paroles d’institution de la Cène Jésus annonce aussi ses noces de manière voilée : « Je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai nouveau, avec vous, dans le royaume de mon Père ». « Avec vous » dit Jésus ; c’est-à-dire avec toutes celles et ceux qui auront répondu à son invitation, avec son Eglise, son épouse.

En accomplissant ce miracle, c’est comme si Jésus nous donnait son faire-part de mariage. Venez, dit-il, je vais tout préparer. Ne vous inquiétez pas si vos péchés vous dépassent, ne vous inquiétez pas si vous n’avez pas les moyens, si vous n’avez pas de vêtement de fête ; ne vous inquiétez de rien. Je vais pourvoir à tout. Mais surtout, nous dit-il, ne manquez pas d’être-là, car vous serez l’épouse, et la fête sera une fête extraordinaire ! Esaïe 25.6 avait annoncé cette fête : « Le Seigneur des armées célestes préparera lui-même pour tous les peuples, là sur cette montagne, un festin de vins vieux et des mets succulents, des mets tout pleins de moelles arrosés de vins vieux et décantés ».

Ce n’est pas pour rien si Jésus accomplit ce miracle à l’occasion d’un mariage. Ce n’est pas pour rien s’il se présente comme l’époux messianique. C’est parce qu’il nous dit que ce à quoi il nous appelle, c’est une fête, une fête extraordinaire, meilleure encore que le meilleur festin, la plus belle fête que l’on puisse imaginer. Telle est l’espérance que Jésus met devant nos yeux.

Nous ne devons pas manquer cette fête. Une seule question pour terminer : Avec-vous répondu à son invitation ?

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