9. L’eau vive et la lumière (Jean 7.37-38 et Jean 8.12)

En ce dimanche de la mission posons-nous la question : Sommes-nous une Eglise missionnaire ? On dit qu’une Eglise qui n’est pas missionnaire est démissionnaire ! Si cette formule est juste, la question est cruciale. Mais cette première question en appelle tout de suite une autre : Qu’est-ce qu’une Eglise missionnaire ? Quelles en sont les caractéristiques ?

Nous allons réfléchir à ces questions avec ces versets de l’Evangile de Jean que nous venons de lire.

Le contexte

Jésus a prononcé ces deux paroles le même jour, « le dernier jour de la fête, le jour le plus solennel » (37). Le début du chapitre 7 indique qu’il s’agissait de la fête des Cabanes (7.2) aussi appelée fête des tabernacles, des tentes ou encore des huttes. Cette fête durait sept jours ; elle se déroulait alors que le raisin et les olives étaient au pressoir, fin septembre, début octobre selon les années. C’était l’occasion de rendre grâce pour la récolte rendue possible par Dieu qui avait donné la pluie et le soleil. On se souvenait aussi de la période du désert, lorsque Dieu avait donné à boire et à manger en pleine région inhospitalière.

A l’époque de Jésus, on accomplissait deux rituels importants :

– Le puisage de l’eau. Chacun des sept jours, dans une cruche en or, les prêtres allaient à la source de Siloé puiser de l’eau qu’ils aspergeaient sur l’autel. C’était une forme d’action de grâce et de prière : on remerciait Dieu pour la pluie et on priait pour les futures pluies d’automne.

– L’illumination du temple. A la tombée de la nuit, on allumait de grosses torches dans le temple et, à leur lumière, les prêtres dansaient et louaient Dieu.

L’eau et la lumière avaient une grande importance au cours de cette joyeuse fête. Plusieurs textes de l’Ancien Testament étaient lus, notamment Zacharie 14.6-8 :

« En ce jour-là, il n’y aura plus de luminaires, plus de froid, plus de gel. Ce jour sera unique, il est connu de l’Eternel, il n’y aura ni jour ni nuit, et même le soir, la lumière brillera. En ce jour-là, des eaux vives jailliront de Jérusalem et couleront moitié vers la mer Morte, et moitié vers la Méditerranée. Il en sera ainsi l’été comme l’hiver ».

On célébrait donc aussi cette espérance : un jour il n’y aurait plus de ténèbres et l’illumination du temple en était le symbole ; il n’y aurait plus de sécheresse et le rituel du puisage de l’eau à la source de Siloé l’annonçait.

C’est à la fin de la fête, alors que tout le monde avait eu le loisir de méditer sur l’importance de l’eau et de la lumière que Jésus prononce ses deux paroles :

Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eaux vives couleront de lui, comme l’a dit l’Ecriture.

Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura, au contraire, la lumière de la vie.

Le peuple venait de raviver son espérance que l’eau et la lumière ne manqueraient pas. Et Jésus proclame avec force qu’il est, lui, celui qui peut désaltérer à tout jamais et la lumière du monde ! C’est en lui, dans sa personne, que l’espérance du peuple peut se réaliser. Jésus leur dit : l’eau et la lumière que vous attendez, c’est moi !

Prenons la mesure de ces paroles. Jésus affirme : Je peux vous donner une eau qui étanche la soif ; non pas juste un verre d’eau, mais une source d’eau vive débordante, de véritables fleuves d’eaux vives. Jésus parlait du Saint Esprit. Il dit aussi : Je suis la lumière du monde, pas juste une loupiote pour éclairer une pièce de maison, mais la lumière du monde ! C’est moi et moi seul qui peut chasser les ténèbres, les ténèbres du mal, du péché, de la mort.

Ces paroles étaient provocantes ! Ou bien on y croyait. Ou bien on prenait Jésus pour un fou. Et c’est bien ce qui s’est produit. Les paroles de Jésus suscitent la polémique. Lisez l’ensemble des chapitres 7 et 8. Plusieurs croient en lui. Mais d’autres polémiquent et finalement cherchent à l’arrêter.

Retour à nos questions

Revenons à nos questions initiales. Qu’est-ce qu’une Eglise missionnaire ? Et : Sommes-nous une Eglise missionnaire ?

Une Eglise missionnaire, c’est une Eglise qui croit que Jésus a raison. Que Dieu son Père l’a envoyé en mission sur la terre pour annoncer que c’est lui la lumière du monde ; que lui seul est capable de désaltérer. Jésus est venu en mission sur la terre pour délivrer ce message. Et l’Eglise missionnaire, c’est celle qui croit que Jésus a dit vrai et qui relaye son message : Jésus est la lumière du monde, et lui seul peut vraiment désaltérer.

Croyons-nous cela ? Croyons-nous que Jésus est la solution pour ce monde ? Et notons bien que Jésus parle du monde et pas seulement de notre cœur ! Croyons-nous que Jésus seul peut valablement changer ce monde, lui apporter de vraies solutions et vaincre le mal ?

Ou bien pensons-nous que la solution pour ce monde ce sont les puissants de ce monde ? Pensons-nous qu’un homme « providentiel », ou une organisation internationale est capable de changer le monde et d’y éradiquer le mal ? Je ne nie pas l’importance des femmes et hommes politiques ou encore des grandes organisations internationales. Je ne nie pas qu’ils ont la capacité d’influencer en bien ou en mal des choses importantes dans le monde. Mais en tant que croyant, je reste lucide. Ce n’est pas eux, mais c’est Jésus et lui seul qui apportera les changements décisifs. C’est Jésus et lui seul qui est capable de vaincre les puissances du mal agissant sur cette terre. Les hommes peuvent signer des traités de paix, Jésus seul est capable de changer les cœurs et de les conduire vers une vraie réconciliation. Les hommes peuvent faire reculer la pauvreté extrême dans le monde, Jésus seul établira un royaume où toutes les injustices seront évincées.

Si nous croyons cela, alors notre mission c’est de le proclamer. Nous n’avons pas d’autre choix que d’être une Eglise missionnaire. Mais comment être une Eglise missionnaire ? C’est Jésus lui-même qui le dit : « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eaux vives couleront de lui. »

Il faut noter brièvement qu’il y a un débat sur ce verset. Certains pensent que lorsque le texte dit : « Des fleuves d’eaux vives couleront de son sein », c’est du sein de Jésus que viennent ces fleuves. Et il est indéniable que ceci est vrai. Si l’eau vive désigne l’Esprit Saint, c’est Jésus qui nous communique l’Esprit Saint. Il l’a dit lui-même : il doit retourner auprès de son Père et alors il enverra l’Esprit Saint.

Mais d’autres pensent que c’est du sein des disciples que couleront ces fleuves d’eaux vives. Cette option me semble la plus juste et un commentateur comme Donald Carson la défend.

Jésus a dit : « Je suis la lumière du monde ». Mais cela ne l’empêche pas de dire aussi à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde ». Et bien c’est un peu la même chose ici. Jésus est celui qui donne le Saint Esprit ! Mais il affirme aussi que le Saint Esprit est donné, non pas comme un verre d’eau qui désaltère, mais comme des fleuves d’eaux vives qui débordent, qui jaillissent jusque dans la vie éternelle (Jn 4.14). L’Esprit qui est donné n’est pas donné simplement pour notre bien-être personnel ; il est donné généreusement ; ce n’est pas seulement un Esprit qui va changer des choses dans ma vie, mais un Esprit qui, en changeant ma vie, va aussi changer la vie des autres. Ce n’est pas un Esprit qui fait seulement de moi un saint ! C’est un Esprit qui fait de moi un missionnaire ! En coulant du sein du disciple, l’Esprit a un impact sur son environnement immédiat et même au-delà.

L’Esprit nous rend capables de devenir des chrétiens, des disciples, des « petit-christ », c’est-à-dire des images de Jésus qui est la lumière du monde. L’Esprit nous rend capables de traduire son message dans notre vie et notre comportement et ainsi d’en devenir ses témoins dans le monde.

Une Eglise missionnaire c’est cela.

C’est une Eglise qui, par l’Esprit, est transformée et rendue capable de vivre l’Evangile ; l’Evangile de l’amour les uns pour les autres ; l’Evangile du pardon ; l’Evangile de la communion fraternelle ; l’Evangile de la préoccupation de Jésus pour le plus humble, le plus pauvre, le plus malade, le plus exclu. C’est une Eglise dont les membres, par l’Esprit, deviennent de plus en plus conformes à l’image du Christ et qui se préoccupe non seulement de ceux qui sont proches, mais aussi de ceux qui sont loin parce que le Christ a dit : « Je suis la lumière du monde ».

Etre une Eglise missionnaire c’est être une Eglise qui considère que Jésus doit atteindre tous les recoins du monde et des cœurs parce que lui seul offre la lumière de la vie. Et en donnant notre offrande ce matin, nous ne donnons pas juste un peu d’argent, nous donnons des moyens pour que Jésus devienne lumière pour un peu plus de monde.

Alors, sommes-nous une Eglise missionnaire ?

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