10. Si vous avez des problèmes de vue… (Jean 9)

Il est question d’un aveugle de naissance qui recouvre la vue !

Il est question aussi de pharisiens, qui n’ont aucun problème aux yeux, mais qui sont incapables de voir ce qui est pourtant évident !

Un aveugle qui voit. Des « voyants » aveuglés !

A la fin du récit, Jésus dit : « Je suis venu dans ce monde pour qu’un jugement ait lieu, pour que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles » (39). C’est bien ce qui se déroule ici sous nos yeux !

Jésus parle d’un jugement. « Je suis venu pour qu’un jugement ait lieu ». Il faut dire quelques mots sur ce sujet. Pour nous, un jugement évoque une réalité totalement négative. C’est une punition. Mais il faut se rappeler qu’un juge ne punit pas toujours. Il peut le faire certes mais il peut aussi acquitter ! L’acquittement constitue un vrai jugement. Jésus, en parlant de jugement, dit qu’il vient autant pour acquitter des coupables (un aveugle qui voit) que condamner des gens qui se croient innocents (des « voyants » qui deviennent aveugles). C’est ce que vivent les personnages du récit.

L’aveugle de naissance

L’aveugle se trouve sur le chemin de Jésus et des disciples, peut-être en train de mendier. Les disciples questionnent Jésus à son sujet : « Est-ce à cause de son propre péché ou de celui de ses parents que cet hommes est né aveugle ? » (2). Les pharisiens considèrent aussi que c’est un pécheur : « depuis ta naissance tu n’es que péché des pieds à la tête » (34).

Que cet homme soit un pécheur, cela ne fait pas de doute. La Bible dit que tous les hommes ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. Il est donc pécheur comme tout le monde, comme les disciples, comme ses parents, comme les pharisiens !

Mais dire que cet homme est pécheur ne signifie pas que le raisonnement des disciples ou des pharisiens est juste ! Les pharisiens considéraient que cet homme était pécheur des pieds à la tête par opposition à eux qui se considéraient comme purs ! En cela ils avaient torts. Cet homme était simplement pécheur, comme eux ! Mais cela, les pharisiens se révèlent incapables de le voir !

Quant aux disciples, ils se demandent si cet homme est aveugle à cause de son propre péché ou bien à cause du péché de ses parents. Ce type de raisonnement, on l’entend malheureusement quelque fois dans nos Eglises : si tu as telle maladie, c’est que tu as commis un péché que tu n’as pas confessé. Ou bien encore : si tu as tel problème, c’est parce que tes parents ou tes grands parents ont commis tel péché… Ce type de raisonnement était celui des amis de Job.

Jésus s’y oppose : « Cela n’a pas de rapport avec son péché ou avec celui de ses parents ; c’est pour qu’en lui tous puissent voir ce que Dieu est capable de faire » (3). La réponse de Jésus est importante. Jésus ne nie pas que cet homme soit pécheur. Mais il affirme que son handicap n’est pas la conséquence directe de son péché ou de celui de ses parents. Selon Jésus, le problème de l’aveugle, en fait, n’est pas vraiment son problème ; c’est le problème de Dieu !

Cet homme est né aveugle. Il n’y peut rien. Et il ne peut rien faire pour se sortir de sa situation. Il doit la subir et vivre avec les conséquences dramatiques qu’elle entraine ; il doit faire avec ! Exactement comme nous avec notre péché. Nous sommes nés avec et nous devons en subir les conséquences dramatiques. Et nous n’avons aucune solution pour en sortir.

Mais Jésus est venu, il est passé sur notre chemin pour nous dire que notre problème est en fait son problème. Exactement comme le problème de cet aveugle est devenu son problème. Jésus affirme que ce problème existe pour que Dieu manifeste sa gloire.

Jésus est en train de changer notre regard, comme celui de ses disciples. Cet homme aveugle de naissance ne pouvait rien faire. Il était vain de l’accuser de tous les maux. Cela ne faisait que l’enfoncer. Un homme ou une femme totalement esclave de son péché ne peut rien faire. L’apôtre Paul le dit : « Malheureux homme que je suis. Qui me délivrera de ce corps de mort ? Grâces soit rendues à Dieu. C’est par Jésus-Christ notre Seigneur ! » (Rom 7.24-25).

En s’appuyant sur la situation de cet homme aveugle de naissance, Jésus est en train de dire à ses disciples : le problème de cette cécité, tout comme le problème du péché, c’est l’affaire de Dieu ; lui seul peut faire quelque chose. Et pour le prouver, il va rendre la vue à l’aveugle. Et ensuite il va lui demander : « Crois-tu au Fils de l’homme ? ». L’aveugle guéri répond : « Je crois Seigneur » (35-38). Son problème, Dieu l’a pris en charge. Et il en a été délivré. Son problème de vue autant que son problème de péché !Le Seigneur a prononcé son jugement. L’aveugle voit. Le pécheur est acquitté.

Les pharisiens

Qu’en est-il des pharisiens ? Leur situation est très différente. Ils entrent en scène lorsqu’on leur amène l’aveugle guéri. Si les gens leur amènent l’aveugle guéri, c’est parce qu’ils considéraient les pharisiens comme des guides spirituels ; des gens capables de discerner les choses spirituelles ; des gens avec un regard acéré sur les choses de Dieu, bref, des gens qui voient bien clair ! Et eux aussi se considéraient comme cela. Mais la confrontation avec l’aveugle guéri va tourner à leur confusion et ils vont se révéler incapables de comprendre ce qui s’est passé. Et le texte se plaît à retracer leur égarement. On se dit que devant un tel miracle, ils vont se mettre à genoux ; adorer Jésus !

On tient quelque fois ce raisonnement aujourd’hui encore. S’il y avait plus de miracles, les gens croiraient en Dieu. Mais nous avons ici la preuve que ce raisonnement ne tient pas. Face à un miracle aussi incroyable que la guérison d’un aveugle de naissance, les pharisiens restent incrédules. Et Jésus le confirme dans sa parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare : « Même si on faisait revenir un mort du séjour des morts, cela ne suffirait pas à convaincre quelqu’un qui ne veut pas croire » (Luc 16.30-31). Les miracles n’ont pas un tel pouvoir.

On dit qu’il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et bien de même il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Les pharisiens s’enferment dans un faux raisonnement. Si Jésus a guéri un jour de sabbat, c’est qu’il ne vient pas de Dieu (16). Et s’il ne vient pas de Dieu, c’est qu’il n’a pas vraiment guéri, et donc que cet homme n’était pas vraiment aveugle (18). Et lorsque les parents soutiennent que leur fils était vraiment aveugle de naissance (20), les pharisiens vont essayer de lui arracher un aveu forcé : nous savons que l’homme qui t’a guéri est un pécheur (24), alors dis-nous la vérité, révèle-nous la supercherie. Ils ne veulent pas croire que Jésus, qui a guéri un jour de sabbat, puisse venir de Dieu. Et comme l’aveugle guéri tient ferme (« Je sais une chose : j’étais aveugle et maintenant je vois » 25), les pharisiens se mettent en colère en le traitant de pécheur des pieds à la tête et en le chassant !

Il est frappant de voir ce mécanisme de l’endurcissement. Face à une guérison, aujourd’hui, certains dirons : « c’est le hasard » ; ou bien : « c’est quelque chose qu’on n’arrive pas encore à expliquer » ; ou bien encore : « il a pris des médicaments » ; voire : « il nous raconte des bobards ». Il y a ceux qui voient la main de Dieu dans leur vie, dans les grandes comme dans les petites choses. Et il y a ceux qui refusent de la voir, même dans les plus grandes choses !

Et nous

Mais ce texte n’est pas là pour nous parler des autres. Il est d’abord là pour nous parler de nous-mêmes. Avons-nous de ces aveuglements-là dans notre vie ? De ces lieux où nous refusons de voir la main de Dieu, même quand elle est évidente ? Des raisonnements comme celui des pharisiens qui nous conduisent dans l’erreur et dans l’aveuglement ?

– Un chrétien convaincu que le Saint-Esprit lui a parlé parce que, dans un temps de prière, telle pensée lui est venue. Et pourtant tout le monde lui dit qu’il est dans l’erreur. Mais il refuse d’écouter…

– Un autre a entendu un enseignement sur internet et le reçoit comme une vérité parce que beaucoup de gens l’écoutent sur internet ! Ses amis lui disent qu’il est dans l’erreur, mais il refuse de les écouter…

Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Et l’enfermement des pharisiens doit aussi nous servir d’avertissement. Leur doctrine les conduit à la cécité. Leur vérité (on ne guérit pas un jour de sabbat) les conduit à ne pas voir l’évidence.

Jésus dit : « Je suis venu dans ce monde pour qu’un jugement ait lieu, pour que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles » (39). Notre prière face à ce texte, c’est que Jésus nous guérisse de toutes nos cécités.

– Si nous ne voyons pas, ce n’est pas notre problème, c’est celui de Dieu. Remettons-lui simplement cette situation et demandons-lui d’ouvrir nos yeux.

– Mais si nous refusons de voir ce que Dieu nous présente comme une évidence, alors cela devient notre problème et notre culpabilité reste entière.

Les disciples auraient pu s’enfermer dans un faux raisonnement lorsqu’ils ont posé leur question au début du récit. Mais ils décident sagement de se ranger à l’avis de Jésus. Et ils ont raison. Eux aussi étaient aveugles, mais ils acceptent que Jésus ouvre leurs yeux. « Ouvre les yeux de mon cœur, je désire te voir ». Que ce soit notre prière anti-cécité.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *