12. Jésus face à la mort (Jean 11)

Dans ce récit, il est question de mort. Il est aussi question de vie ; et même d’un miracle extraordinaire : le retour à la vie d’un homme, Lazare, le frère de Marthe et Marie, un ami de Jésus.

La mort et la vie sont évidemment des sujets qui nous concernent. On est tous, un jour où l’autre, confronté à la mort d’un proche. On sait aussi qu’il nous faudra un jour l’affronter ! La mort est sans doute le sujet universel par excellence. Tout le monde est concerné. Jésus ne pouvait donc pas l’ignorer. Et c’est au travers d’un miracle qu’il choisit de donner un enseignement puissant sur ce sujet.

L’attitude de Jésus face à la mort d’un proche

L’attitude de Jésus confronté à la mort d’un ami est déjà pleine d’enseignements. Je ne sais pas si vous avez remarqué la formulation étonnante du verset 33 : « Jésus fut profondément indigné et bouleversé ». Pourquoi Jésus est-il indigné ? Contre quoi est-il en colère ? Est-ce contre les manifestations bruyantes de Marie et des pleureuses qui l’accompagnaient ? Mais ces manifestations étaient normales à cette époque.

Plusieurs commentateurs soulignent, à raison sans doute, que Jésus est en colère contre la réalité de la mort elle-même. La mort n’a jamais fait partie du projet de Dieu. Juste après la création, elle était tenue à l’écart grâce à l’arbre de la vie qui se trouvait au milieu du jardin d’Eden. Mais voilà qu’avec l’entrée du péché elle fait une entrée fracassante dans ce monde créé par Dieu. Comme le péché, elle s’impose à tous ; elle exerce sa tyrannie sur les humains. Elle entraine dans son sillage toute sorte de souffrances, de situations de détresse : de belles relations d’amour sont brisées ; des enfants encore jeunes se trouvent privés de parents ; des parents se trouvent privés de leur enfant bien-aimé ; elle génère des situations de solitude éprouvantes. Comme si la mort se plaisait à frapper de manière aveugle et totalement injuste. C’est contre cet ennemi (1 Cor 15.26) particulièrement redoutable que Jésus se met en colère ; contre son œuvre injuste et injustifiable. La mort vient de lui ravir son ami ; elle vient d’enlever un frère aux deux sœurs qui se retrouvent seules.

Jésus est aussi bouleversé par la détresse de Marie. Ce bouleversement va le conduire à verser des larmes. Jésus pleura (v.35) dit le verset le plus court de la Bible. Le plus court, comme pour rappeler que les mots sont souvent inutiles. Ses pleurs ne sont pas semblables aux pleurs bruyants des pleureuses officielles (les mots grecs sont bien différents), mais ses larmes sont sincères. Elles disent que Jésus est profondément attristé par cet événement injuste.

L’attitude de Jésus nous interpelle : colère et tristesse ; indignation et émotion. Jésus ne se résigne pas devant cet ennemi pourtant inévitable. Il sait aussi manifester de la compassion ; pleurer avec ceux qui pleurent. Il nous montre la voie d’une attitude chrétienne : la mort ne saurait être acceptée, et pourtant il faut accepter la douleur du départ de nos proches. L’espérance de la résurrection nous fait chanter victoire, et pourtant le déchirement du départ nous conduit à pleurer et à manifester de la compassion. Le chrétien ne peut pas pleurer comme « ceux qui n’ont pas d’espérance » (1 Thess 4.13), mais il ne peut pas ne pas pleurer ceux qui sont arrachés à la vie. Son espérance n’empêche pas la compassion ; mais sa compassion ne voile pas non plus son espérance.

C’est, entre autres, pour exprimer cela que Jésus n’est pas intervenu tout de suite. Le texte en effet évoque le reproche des deux sœurs : « Si tu avais été ici notre frère ne serait pas mort ». Et c’est vrai que si Jésus avait été présent, il n’aurait pas pu éviter de guérir Lazare. Le texte précise même que Jésus a attendu deux jours avant de répondre à la demande des sœurs. Et c’est seulement lorsqu’il sait (divinement averti) que Lazare est mort qu’il se met en route. Comme il se trouvait assez loin, il lui faut pas moins de trois ou quatre jours pour arriver à Béthanie.

Pourquoi cette insistance sur les quatre jours ? Sans doute parce que c’était le délai pour déclarer qu’un défunt était vraiment mort de manière irréversible : qu’il n’y avait plus aucun espoir. Jésus arrive lorsque la mort a fait son œuvre et, qu’en apparence au moins, elle est victorieuse. Personne ne pourra dire que le miracle qui va se produire n’est qu’un demi-miracle de réanimation. C’est bien une victoire sur la mort qui va se dérouler sous les yeux des témoins ébahis.

La complète victoire sur la mort

S’il n’y avait qu’une seule parole à retenir de ce chapitre ce serait les versets 25-26 : « Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». C’est par ces paroles que Jésus engage le combat contre la mort ennemie. Cette parole annonce la victoire, une victoire complète, comme on va le voir.

Au verset 25, Jésus utilise deux mots pour se définir : la résurrection et la vie. Et il est bien possible qu’au travers de ces deux termes, Jésus veut affirmer deux choses complémentaires. Sa victoire sur la mort se joue à deux niveaux :

– « Je suis la résurrection… Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ». Jésus souligne ici que sa résurrection est le gage de la résurrection finale, de la résurrection au dernier jour. Celle que Marie et Marthe espéraient déjà de tout leur cœur pour Lazare. Au verset 23-24 Jésus a dit à Marthe : « Ton frère ressuscitera » et Marthe lui a répondu : « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour ». Telle était l’espérance d’un grand nombre de Juifs, espérance que le Nouveau Testament valide. Elle affirme que la mort n’est pas la fin de tout pour celui qui croit en Jésus. Certes la mort continue de frapper tant qu’elle n’a pas été définitivement éradiquée. Mais son temps est compté et la résurrection finale de tous ceux qui croient en Jésus est affirmée avec force. L’apôtre Paul dit : « Nous ne voulons, frères et sœurs, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui sont morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres qui n’ont pas d’espérance. En effet, si nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, nous croyons aussi que Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont morts » (1 Thess 4.13-14). L’espérance chrétienne c’est que Dieu n’abandonne pas les siens à la mort. Ceux qui lui appartiennent ressusciteront avec un corps glorieux et vivront pour l’éternité, même si la mort vient les frapper, comme c’est ici le cas de Lazare. « Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ».

– Mais Jésus affirme aussi une deuxième chose : « Je suis la vie… quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ». Ne mourra jamais ! Est-il possible d’échapper à la mort autrement qu’en appartenant à la dernière génération avant le retour de Jésus ? Oui, d’une certaine façon. Celui qui vit et croit en Jésus, d’une certaine manière, « ne mourra jamais ». Certains diront peut-être qu’ici Jésus se trompe. L’expérience montre bien que des personnes qui ont consacré leur vie au service du Seigneur, qui ont vécu et cru en lui, sont bien mortes, et quelquefois même dans des conditions terribles : l’apôtre Paul est mort ; l’apôtre Pierre aussi ; et, plus proches de nous, nous connaissons tous des personnes qui ont servi le Seigneur et qui sont mortes. Elles sont mortes, certes. Mais Jésus dit pourtant qu’elles ne mourront jamais !

En fait, ce que Jésus veut dire c’est que, parce qu’elles ont vécu et cru en lui de leur vivant, parce qu’elles ont déjà commencé à vivre en lui et pour lui au cours de leur vie terrestre, parce qu’elles sont devenues en lui nouvelles créatures, pour elles, la mort n’est plus vraiment la mort ; ou plus exactement, la mort perd son caractère redoutable, elle perd son aiguillon (1 Cor 15.55) ; elle ne tue plus véritablement, elle ne sépare plus de la source de vie; elle n’empêche plus la vie au-delà.

La mort devient comme un simple sommeil. Et c’était bien ce que Jésus disait à ses disciples au sujet de Lazare : « Notre ami Lazare s’est endormi et je vais aller le réveiller » (v.11). Pour celui qui vit et croit en Jésus, la mort devient comme un simple sommeil dont il faut se réveiller. Elle perd son caractère redoutable. Elle ne met pas un terme à la relation vitale avec le Christ ressuscité.

Telle est l’assurance que Jésus nous transmet ici. Parce qu’il est la résurrection et la vie, la mort a perdu le pouvoir de nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ (Rom 8.38-39). La mort n’a plus le pouvoir de briser le lien vital qui s’est noué avec le Christ ressuscité lorsque nous avons cru en lui. Si nous commençons à vivre en Christ ici-bas, et bien cette vie en Christ ne s’arrête pas lorsque nous quittons cette terre. Rien ne peut l’interrompre. Rien, pas même la mort !

C’est l’assurance que Jésus a transmis au brigand sur la croix : « Aujourd’hui même tu seras avec moi dans le paradis » (Luc 23.43). C’est aussi sans doute ce qu’il voulait dire dans la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare qui se retrouve, après sa mort, porté par les anges auprès d’Abraham (Luc 16.22). C’est encore cette espérance qui est évoquée dans le livre de l’Apocalypse, lorsque les âmes des défunts morts en Christ se retrouvent sous l’autel, c’est-à-dire dans la présence de Dieu, dialoguant avec lui (Apoc 6.9-11). Celles et ceux qui meurent en Christ se retrouvent directement auprès de Dieu, dans l’attente de la résurrection finale certes, mais auprès de Dieu, en relation avec lui ! Dieu ne permet pas à la mort d’interrompre, même temporairement, le lien qui s’est noué. C’est dans ce sens que Jésus dit : « Celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais ». Il ne sera jamais séparé du Seigneur de la vie.

Et c’est pour le dire avec encore plus de force que Jésus ramène Lazare à la vie.

– En ressuscitant Lazare, Jésus nous montre qu’il a tout pouvoir pour ressusciter au dernier jour celui qui croit en lui, et ainsi le faire entrer dans la vie éternelle.

– En ressuscitant Lazare juste après son décès, Jésus affirme aussi que celui ou celle qui meure en lui ne doit pas attendre la fin des temps. Sa relation avec le Seigneur ne s’interrompt pas ; elle se poursuit sans attendre. La mort ne peut pas l’interrompre.

Telle est notre espérance. Et à chacun de nous, il demande, comme à Marthe : « Crois-tu cela ? ».

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