13. Le geste fort de Marie (Jean 12.1-9)

Avec le geste de Marie, un tournant s’opère dans l’évangile. A partir de ce récit, nos regards sont orientés vers la croix. Nous sommes quelques jours avant l’événement et Jésus interprète l’offrande de Marie comme un geste d’embaumement en vue de son ensevelissement.

Nous sommes à Béthanie, à quelques kilomètres de Jérusalem. Un repas est offert en l’honneur de Jésus. L’évangile de Marc nous informe que le repas a lieu chez Simon, le lépreux (Marc 14.3). Peut-être un homme que Jésus avait guéri de sa lèpre. Marthe avait proposé ses services, comme à son habitude. Et Marie profite de cette occasion pour accomplir un geste d’offrande. Jésus affirme qu’on en gardera le souvenir partout où l’Evangile sera annoncé (Marc 14.9). Et c’est ce qu’on va faire ce matin. Se souvenir de ce geste et se laisser interpeler.

Le geste de Marie

Au cours du repas, Marie s’approche de Jésus, tenant en main un flacon de parfum. Un demi-litre de nard très pur. Un parfum très cher. Il est évalué à 300 deniers, un an de salaire d’un ouvrier à cette époque. Une somme très importante. Marie débouche son flacon et répand le parfum sur Jésus, et lorsqu’elle arrive à ses pieds, elle les essuie avec ses cheveux. Toute la maison exhale l’odeur du parfum.

Le geste de Marie en a choqué quelques-uns. Non seulement à cause du prix, mais encore à cause de la situation. Marie n’en a cure. Elle veut manifester à Jésus son infinie reconnaissance, lui qui a ramené son frère à la vie ! Elle exprime sa reconnaissance pour ce miracle extraordinaire, et tout son amour pour son Seigneur. Car il s’agit bien d’un geste d’amour pour le Seigneur de la vie. Marie a tout reçu de lui. En offrant ce qu’elle a de plus précieux, elle exprime simplement sa reconnaissance et son amour.

Son geste nous fait réfléchir. Le récit veut établir une relation entre la grandeur du don et la grandeur de l’amour. Jésus le fera aussi, lorsqu’il dira, un peu plus loin, qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15.13). Plus l’amour est grand plus la capacité de donner des choses précieuses est grande. Par amour on peut se dessaisir de sa vie, de son être, de sa réputation, de son temps, de son argent. Le geste de Marie nous fait réfléchir à ce qu’on est prêt à offrir au Seigneur. Il nous invite à méditer sur le degré de notre amour pour lui.

La réaction de Judas

Tout le monde ne voit pas les choses d’un même œil. Judas s’indigne. (On sait que les autres disciples lui ont emboité le pas ; Matthieu 26.8). Se sentait-il remis en cause ? Incapable d’en faire autant ? Le texte nous apprend que les motivations profondes de Judas étaient très bassement sordides ! Evidemment il n’en dit rien et il cherche un motif respectable à son indignation : en vendant ce parfum on aurait pu gagner beaucoup d’argent pour le distribuer aux pauvres ; on aurait pu manifester une réelle compassion pour ceux qui en ont le plus besoin.

Et il faut avouer que, indépendamment des motivations cachées de Judas, son argument nous fait réfléchir. Etait-il judicieux d’utiliser ainsi ce parfum de grand prix ? Dans le même sens, est-il judicieux de donner une offrande le dimanche matin au culte ? Est-il raisonnable de donner sa dime ? Est-ce qu’on ne pourrait pas utiliser tout cet argent pour lutter contre la pauvreté ? La question a le mérite d’être posée.

Qu’est-ce qui est le plus important ? L’offrande au Seigneur ou le geste de compassion pour les pauvres ? La réponse de Jésus nous aidera à réfléchir à cette question. Mais en attendant on remarque que Jésus accueille favorablement cette offrande : « laisse-la faire » (v.7). En effet, si l’offrande est un geste d’amour, il est évident qu’elle doit trouver place dans la piété chrétienne. Car quel sens aurait un amour qui ne se montre pas ? Comment un mari pourrait-il dire qu’il aime sa femme s’il ne montre aucun geste dans ce sens ? Comment des parents pourraient-ils faire croire à leurs enfants qu’ils les aiment s’ils les ignoraient totalement ? L’amour est quelque chose qui se montre, qui se traduit par des gestes, par des gestes forts. C’est en étant prêts à sacrifier ce qui compte pour nous qu’on montre vraiment son amour. Dans le geste de Marie, Jésus lit un amour très grand. C’est pourquoi il accueille son offrande.

L’explication de Jésus

Jésus explique le geste de Marie. Il lui donne un sens. « C’est pour le jour de mon enterrement qu’elle a réservé ce parfum ». Ce parfum est mis en relation avec la mort et l’ensevelissement du Seigneur. Sans le savoir, Marie accomplit un geste nécessaire qui évoque le sacrifice de Jésus. Elle offre ce qu’elle a de plus précieux comme le Seigneur va lui aussi offrir ce qu’il a de plus précieux : sa vie sur la croix. L’offrande de Marie se justifie comme réponse d’amour au sacrifice immense et unique du Seigneur.

L’offrande n’a de sens que comme réponse à la grâce extraordinaire de Dieu manifestée à la croix. L’offrande ne se justifie que comme geste d’amour en réponse à un geste d’amour encore plus grand. Aucune autre raison ne saurait la justifier. Surtout pas l’enrichissement personnel d’une personne ! Un tel enrichissement serait une offense envers Dieu qui seul mérite notre offrande ; et aussi une offense envers les pauvres à qui on ôterait le pain de la bouche.

Car lorsque Jésus dit : « Vous aurez toujours les pauvres avec vous », il ne veut pas dévaloriser la compassion envers les pauvres, bien au contraire ! Il dit, dans le droit sens de la loi de Dieu en Deutéronome 15.11, que la compassion sera toujours nécessaire, parce que, malheureusement, sur cette terre d’injustice, il y aura toujours des pauvres.

Jésus ne rejette pas l’offrande de Marie. Cette offrande peut paraître scandaleuse à un inconverti comme Judas, mais elle est précieuse pour Jésus. Mais Jésus ne rejette pas non plus la compassion toujours nécessaire envers les pauvres. Les deux sont importantes, et l’une ne doit pas étouffer l’autre. Il est tout à fait déplorable qu’un croyant, sous prétexte d’offrande, ne manifeste plus aucune compassion pour les pauvres. La même remarque vaut pour une Eglise. Mais il est tout aussi déplorable aux yeux du Seigneur qu’un activisme social, même lorsqu’il répond à des besoins réels, étouffe toute manifestation d’offrande, d’adoration et de piété. Ces deux réalités sont essentielles. Et le geste de Marie, comme la remarque de Judas, nous permet de le comprendre.

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