16. Comment porter du fruit ? (Jean 15.1-10)

La vraie vigne

« Moi je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron ». Pourquoi Jésus éprouve-t-il le besoin de préciser qu’il est la vraie vigne ? Dans l’Ancien Testament, la vigne désignait le peuple de Dieu. Si Jésus précise que c’est lui la vraie vigne, c’est pour dire que c’est avec lui, autour de lui, où plus précisément en lui que se rassemble le vrai peuple de Dieu. Il n’y a pas de vrai peuple de Dieu en dehors du Christ. C’est en lui, en lui seulement, qu’il nous faut chercher notre identité spirituelle, notre vie spirituelle, notre vigueur spirituelle. Ce n’est pas dans nos œuvres, ni dans des rites religieux, c’est en Christ. Nos œuvres ne sont pas capables de faire de nous un membre du peuple de Dieu. Accomplir un rite n’a pas non plus cette capacité. Etre en Christ : voilà le seul moyen d’appartenir au peuple de Dieu et de recevoir la vie qui vient de Dieu.

Jésus-Christ seul est la vigne plantée par le Père en ce monde. D’autres vignes ont pu être plantées par des imposteurs. Mais le Christ seul est la vigne plantée par Dieu en ce monde, le Fils envoyé par le Père.

Le faux sarment

De manière étonnante, le Seigneur affirme qu’en lui, il y a des sarments qui ne portent pas de fruit, et des sarments qui portent du fruit. Comment se fait-il qu’en Christ, la vraie vigne, il puisse y avoir des sarments improductifs ?

C’est un mystère, sans doute. Peut-être qu’au moment de prononcer cette parole Jésus pensait à Judas, qui a communié au même pain, au même vin, qui a fait partie du groupe des disciples, mais qui est comme un sarment sans fruit.

A travers lui, Jésus lance un avertissement. Il ne suffit pas d’être dans son Eglise. Il ne suffit pas d’avoir son nom inscrit sur un registre. Il ne suffit pas d’être passé par un rite comme le baptême. Si on se contente de cela, alors on risque fort d’être un sarment sans fruit. Et la menace qui plane sur de tels sarments plane alors sur nous.

De même que le sarment ne peut pas se contenter d’être sur le cep sans porter de fruit, de même le croyant ne peut pas se contenter d’être dans l’Eglise sans porter de fruit. De même que la foi sans les œuvres est morte, le croyant sans fruit est mort. Etre un disciple du Christ, cela se voit, cela se traduit par du fruit, nécessairement. On reconnaît l’arbre à son fruit.

Le vrai sarment

Après cette mise en garde, Jésus s’adresse aux vrais disciples, à ceux qui ont commencé à porter du fruit. Judas n’est plus dans le groupe (13.30). Jésus peut donc leur donner ses dernières recommandations.

Et il leur dit : « Déjà vous avez été émondés/purifiés par la parole que je vous ai dite ». L’émondage, c’est l’action du vigneron qui taille le sarment pour qu’il porte encore plus de fruits. Les disciples ont déjà été émondés, taillés par la parole de Jésus. Cela signifie que cette parole a déjà commencé à porter du fruit dans leur vie, notamment le fruit de la nouvelle naissance. En entendant la parole du salut, ces disciples-là ont répondu positivement, et ils ont reçu le Saint-Esprit qui a produit en eux la régénération. Ils sont devenus des créatures nouvelles. La Parole a déjà commencé son œuvre dans leur cœur.

Si nous sommes ici ce matin, à écouter la Parole du Seigneur, c’est aussi parce que sa Parole a commencé son œuvre dans notre vie. Mais Jésus nous exhorte à ne pas nous contenter de ce début d’œuvre de la Parole. C’est pourquoi il poursuit :

« Demeurez en moi, et moi je demeurerai en vous… Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruits. Car sans moi vous ne pouvez rien faire… ». Demeurer en Christ. Telle est l’exigence pour continuer à porter du fruit. Pour ne pas stagner dans sa vie spirituelle. Pour faire des progrès dans la foi. Car il ne suffit pas d’arborer ses anciens fruits, il faut en porter de nouveaux. Il ne suffit pas de témoigner en disant : voilà le beau fruit que j’ai porté il y a 10 ou 15 ans. Car le Seigneur pourrait nous demander : « Mais où sont donc les fruits que tu as portés depuis ? ». Le vigneron souhaite que sa vigne porte du fruit à chaque saison. Le fruit qu’il attend, ce n’est pas l’ancien fruit des années passées, c’est le fruit de la nouvelle saison. Et il en va de même pour nous. Notre vie spirituelle ne peut pas se contenter du fruit des années passées. Elle doit aller de l’avant. Il faut encore produire du fruit aujourd’hui. Et pour cela, une seule solution : « Demeurez en moi ».

Qu’est-ce que Jésus veut dire lorsqu’il nous demande de demeurer en lui ? Comment allons-nous accomplir cela ? Jésus nous donne ici deux pistes.

Christ en nous

La première se trouve au verset 7 : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous ». Jésus a déjà dit : « Demeurez en moi et moi en vous » (v.4). Il a aussi dit : « Celui qui demeure en moi et moi en lui, porte beaucoup de fruits » (v.5). Il est curieux de retrouver à chaque fois cette formule réciproque. « Demeurez en moi et moi en vous. Celui qui demeure en moi et moi en lui ». Comme une petite précision que Jésus juge utile d’ajouter à chaque fois : moi en vous. Comme si les deux étaient irrémédiablement liés. Comme si demeurer en Christ et le laisser demeurer en nous étaient au fond une seule et même chose. Comme si pour demeurer en Christ, il faut avant tout le laisser demeurer en nous. Le moyen par lequel nous pouvons demeurer en Christ, c’est de le laisser demeurer en nous, de lui donner toute la place dans notre vie.

Sa Parole en nous

Mais là encore, comment laisser au Christ toute la place dans notre vie ? Et bien Jésus le dit explicitement : en laissant ses paroles demeurer en nous. En suivant ses enseignements, en les mettant en pratique. En apprenant à vivre le sermon sur la montagne, par exemple. En vivant l’amour du prochain, mais aussi l’amour de l’ennemi. En pardonnant à ceux qui nous ont offensés. En refusant de juger notre prochain. En acceptant de secourir celui ou celle qui en a besoin. Bref, en relisant les évangiles et en cherchant comment les mettre en pratique aujourd’hui. Tout un programme. Mais c’est le moyen concret que Jésus nous indique pour demeurer en lui et pour porter du fruit.

C’est ce que Paul disait en d’autres termes : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2.20). Demeurer en Christ, c’est le laisser vivre en nous.

Sa prière en nous

Et c’est dans cette dynamique-là que le Christ nous fait cette promesse extraordinaire : « Demandez ce que vous voudrez et vous l’obtiendrez ». Une promesse incroyable… à laquelle nous nous sommes peut-être déjà heurtés ! J’ai demandé mais je n’ai pas obtenu ! Il faut bien regarder les termes de ce que le Seigneur nous promet ici : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez et vous l’obtiendrez ». Si Jésus promet de nous donner ce qu’on désire, ce n’est pas pour satisfaire tous nos caprices. Ici Jésus promet de nous donner ce qui est nécessaire pour que ses paroles puissent demeurer en nous.

Car Jésus sait fort bien que pour nous, obéir à ses paroles n’est pas simple. Relisez simplement le sermon sur la montagne ! Nous n’avons pas en nous la capacité, la force d’obéir à sa parole. Nous avons besoin du secours de la prière, et donc de l’aide de Dieu, pour apprendre à aimer notre ennemi, à pardonner à celui qui nous a offensé, à venir au secours de celui qui est dans la détresse. Combien de fois ai-je entendu le témoignage que la capacité du pardon est venue à travers la prière.

Nous nous imaginions peut-être que porter du fruit serait une affaire toute simple, et entièrement joyeuse et paisible. Mais pour porter du fruit, il faut souvent des combats, des luttes contre nous-mêmes. Le sarment doit produire un effort pour porter ce fruit qui grossit, qui devient de plus en plus pesant. Jésus promet qu’il exaucera notre prière lorsque nous lui demanderons de nous aider à porter du fruit.

Il nous arrive cependant de prier et de ne pas voir la réponse à notre prière. Peut-être le Seigneur veut-t-il nous encourager à la persévérance. Mais peut-être aussi veut-t-il nous encourager à repenser notre prière ! Prenez l’exemple d’une personne qui prie pour la conversion d’un proche : une femme qui prie pour la conversion de son mari, un père qui prie pour la conversion de son enfant par exemple. Et la prière n’est pas exaucée. Il faut alors s’interroger. Dieu veut-t-il simplement que je persévère ? Ou bien veut-t-il me demander de réorienter ma prière. Peut-être que la prière qu’il veut exaucer, c’est que je sois un meilleur conjoint, un meilleur parent, pour permettre la conversion de la personne pour qui je prie. Peut-être que par mon attitude je fais obstacle à sa conversion et que je dois, moi, d’abord, changer mon attitude. Face à une prière non-exaucée, il nous faut toujours nous interroger. Parce que le Seigneur nous a dit qu’il nous accorderait ce que nous demandons.

Son amour en nous

J’ai dit qu’il y avait deux moyens par lesquels le Christ nous invite à demeurer en lui. Le second moyen est exprimé au verset 9 : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimé : Demeurez-donc dans mon amour. Si vous obéissez à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, tout comme moi-même j’ai obéi aux commandements de mon Père et que je demeure dans son amour ».

Jésus nous propose ici en exemple sa relation avec son Père. Demeurer en Christ, c’est demeurer dans son amour, tout comme lui est demeuré dans l’amour de son Père. D’où la question : « Comment Jésus est-il demeuré dans l’amour de son Père ? » Puisque Jésus se propose ici en exemple, c’est encore vers les évangiles qu’il nous faut nous tourner. Dans les récits évangéliques nous voyons la relation qui unissait Jésus à son Père. Jésus n’a jamais douté que son Père l’aimait. Et même dans son épreuve la plus difficile, à Gethsémané et sur la croix, il a gardé pleine et entière sa confiance en son Père. Et c’est parce que Jésus n’a jamais douté de l’amour de son Père et n’a jamais perdu confiance en lui, parce qu’il s’est maintenu dans l’amour du Père, qu’il a pu lui obéir jusqu’au bout.

On se dit quelque fois que l’obéissance et l’amour sont deux choses incompatibles. C’est vrai lorsqu’il s’agit d’une obéissance imposée, de l’obéissance contrainte d’un ouvrier envers un patron tyrannique par exemple. Mais ce n’est pas de cette obéissance-là que Jésus parle. Si Jésus a obéi jusqu’au bout à son Père, c’est parce qu’il savait que le Père l’aimait d’un amour infini. Jamais le Père ne lui demanderait quelque chose d’injuste ; jamais il ne lui imposerait une souffrance inutile. Jésus connaissait l’amour du Père, c’est pourquoi il a pu obéir à sa demande et porter le fruit de l’amour à sa plus sublime perfection !

Et de même qu’il est demeuré dans l’amour du Père, Jésus nous demande de demeurer dans son amour. Et de lui manifester notre amour par cette obéissance dont lui-même a fait preuve à l’égard du Père.

On ne peut obéir comme Jésus que quand on se sait aimés comme Jésus. C’est pourquoi il nous dit : « Demeurez dans mon amour ». Etre absolument certains de son amour au point de lui obéir en tout, voilà encore une manière de demeurer en lui et de porter du fruit.

Terminons en soulignant que Jésus nous demande ici de « porter » du fruit, et pas de le « produire ». Il y a une nuance. Cette nuance nous rappelle que le fruit n’est pas notre œuvre, elle est l’œuvre d’un autre. Celui qui produit le fruit de la vigne, c’est le Créateur. Et c’est Dieu qui, par son Esprit, peut aussi rendre notre vie fructueuse. C’est pourquoi la prière est nécessaire. C’est pourquoi il nous faut demeurer dans son amour. Car sans lui, nous ne pouvons rien faire.

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